19/08/2014

"Papier" dans Les Inrocks

Pierre Vassiliu, qui c'est celui-là?

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Catalogué parmi les chanteurs amuseurs, Vassiliu méritait mieux que cette catégorie discriminée, comme Albin de La Simone l’a montré récemment en reprenant le sensible “Amour amitié”.
“Le jour de ma mort j’aimerais bien être surpris dans le lit d’une fille…” Dès 1971, Pierre Vassiliu couchait ses dernières volontés dans une chanson-testament humble et joyeuse intitulée Comme j’en ai envie, qui résumait après dix ans de carrière seulement ce que serait sa vie, entièrement vouée aux plaisirs, notamment ceux de la chair.
La réalité étant infiniment plus cruelle que les chansons, le chanteur à moustache est mort dans un lit, certes, mais au bout de huit ans d’épuisement à lutter contre la maladie de Parkinson. Né en 1937 à Villecresnes d’un père d’origine roumaine et d’une mère française, il reste pour le grand public l’interprète du loufoque Qui c’est celui là ? (1973), adaptation d’une chanson du Brésilien Chico Buarque, qui lui rapportera de quoi se la couler douce mais oblitérera le reste d’une discographie qui mérite pourtant le détour.
La première partie des Beatles
Comme pas mal d’autres en France (Salvador, Nino Ferrer ou l’un de ses plus dignes héritiers, Katerine), Vassiliu s’est laissé enfermer dans la case des chanteurs amuseurs, statut hérité de ses débuts dans les cabarets où il convenait mieux de faire gondoler l’assistance que de lui serrer le cœur. Il s’illustre ainsi dans l’humour carabin (La Femme du sergent, Charlotte…), roule ostensiblement les “r” à l’époque où les yéyés préfèrent l’accent anglais, ce qui ne l’empêchera pas de faire la première partie des Beatles à l’Olympia en 1964, où il en profite pour inaugurer son Twist anti-yéyé.
A contre-temps de l’époque, il finit par trouver un style au début des années 70 en mêlant exotisme brésilien et chansons délicates, comme le sublime Amour amitié tiré de l’album du même nom, son premier, qui contient également de corrosif et cruel Bonsoir madame, où d’une voix douce il rectifie le portrait d’une rombière ayant abusé de l’innocence d’un jeune garçon. Toujours à la limite du graveleux comme avec le génial Film (travelling nocturne d’une virée chez les putes) ou l’inénarrable En vadrouille à Montpellier, il compense ses penchants virils de coq de basse-cour par un humanisme cosmopolite qui traverse tous ses albums les plus réussis (Voyage en 1975, ou celui éponyme de 1976), avant de mettre le cap sur l’Afrique dans les années 80, où il ouvrira un club de jazz.
Peu carriériste, mal aiguillé sans doute, celui qui pensait au départ faire profession de jockey à ses débuts tombera souvent de cheval durant sa carrière de chanteur mal compris, finissant par s’encroûter dans les tournées mortifères Age tendre et tête de bois. Il aura fallu attendre qu’Albin de La Simone reprenne Amour amitié sur son premier album pour qu’on le découvre (trop tard) sous un autre jour. “Je veux repartir petit, tomber dans le trou noir comme j’en suis sorti…” annonçait-il dans Comme j’en ai envie. Les hommages indignement furtifs aux JT, le dimanche soir de sa mort, prouveront que sur ce point, il avait vu juste.
LesInRocks

20:11 Écrit par Saï-Saï dans Actualité | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bien vu ! Reconnu trop tard par la presse, mais adulé par ses fans depuis toujours, eux ne se sont pas trompés.

Écrit par : Lucien Regnault | 20/08/2014

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