20/08/2014

Article "Le Soir" 18/8/2014

Pierre Vassiliu? Qui c’était celui-là?

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Le maître du politiquement incorrect s’est éteint à Sète
Pour beaucoup, Pierre Vassiliu était le mec d’un tube énorme: «Qui c’est celui-là?»
Mais l’artiste cachait d’abord un poète corrosif, disciple de Brassens.
Au temps où les porteurs de message sont légion, rien n’est plus agréable que de rencontrer au détour d’un disque, un chanteur qui ne vise d’autre but que de nous amuser, qui chante pour son plaisir et pour le nôtre. Pierre Vassiliu appartient à l’espèce des artistes qui veulent la joie du public et non son ennui, disait Georges Brassens. En outre, tout en plaisantant aimablement, il ne se gêne pas pour être poète. Longue vie Pierre Vassiliu!»
Le jongleur de mots s’est fait cueillir par la camarde dimanche. A 76 ans, Pierre Vassiliu a rejoint Georges Brassens au fond du trou sur la plage de Sète.
Pierre Vassiliu? Il portait un drôle de nom ce type-là, marqué par ses origines roumaines. Son père jouait du violon tzigane et sa mère du piano. Il s’achètera une guitare pour chanter les cocus magnifiques, les minettes, les fainéants avec des rimes corrosives.
Les humoristes Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, à qui il apprenait à monter à cheval dans la forêt de Rambouillet, apprécient ses contrepèteries et le poussent sur la scène de L’Ecluse, un cabaret parisien branché où se produit Barbara, un autre oiseau rare de la chanson française. Mais en 1958, le service militaire obligatoire appelle Pierre Vassiliu vingt-neuf mois en Algérie. Il vire antimilitariste en photographiant les cadavres de la guerre d’indépendance. On trouvera plus tard l’écho désabusé de son dégoût pour les bruits de bottes dans sa chanson «J’ai l’honneur».
Entre-temps, Pierre Vassiliu est rentré à Paris, où il fait la première partie des Beatles à l’Olympia. «Armand», son premier simple cartonne à plus de 100.000 exemplaires. Il compose les bandes originales d’Une fille et des fusils ou de La fille d’en face. Au hit-parade, sa plume aux accents grivois charme la jeunesse comme dans «Charlotte», quand il ose la rime: «Toc-toc-toc, je viens chercher ma culotte».
Il ferme pourtant la braguette de la bouffonnerie en 1970 avec son premier album, Amour amitié, un vinyle pop où le soleil plane façon Crosby, Stills & Nash. A la même époque baba-cool, il improvise ses concerts entouré de poulets.
Le tube «Qui c’est celui-là», adapté d’un air de Chico Buarque contre la dictature brésilienne, le prend par surprise en 1973. Il aura du mal à s’en remettre. L’image du type qui joue à la poupée avec les femmes mariées va lui coller à peau. Après avoir écrit le disque Roulé bourré, il se mettra à l’abri des requins du showbiz au Sénégal et ouvre un bistrot à Dakar. Il reviendra métissé en 1986 avec l’album Toucouleur pour partir en tournée accompagné d’un band africain.
Partir sans histoire
Depuis, ce rimeur désespéré avait encore enregistré un hommage à Boby Lapointe et quelques pierres précieuses sur l’amour qui passe dont il rêvait pour épitaphe: «Le jour de ma mort, j’aimerais bien être surpris dans le lit d’une fille comme j’en ai envie. Qu’il y ait un rayon de soleil se faufilant sous les rideaux gris. Pas de pleurs, pas de mouchoirs, j’veux partir sans histoire.» C’est ce qu’il a fait, tout en pudeur, au bout d’une vie d’amour et d’amitié, de bon temps avec ses potes, ses musiciens et ses chansons.
DANIEL COUVREUR/Lesoir

11:25 Écrit par Saï-Saï dans Actualité | Commentaires (0) |  Facebook |

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