21/08/2014

Un immense petit est parti...

Pierre Vassiliu s’en va

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Il était si Français, Pierre Vassiliu, avec sa petite taille et sa grosse moustache, comme Astérix.
Il était si français, avec sa naissance près de Paris, sa mère provinciale, son père médecin roumain qui aimait jouer de la musique tzigane, et son esprit qui en remontrait à Philippe Bouvard
« Vous êtes tellement petit que vous ne pouvez pas avoir de demi-frère »
Il avait commencé par travailler dans le milieu des chevaux jusqu'à ce qu'il donne des cours d'équitation à Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, qui, en retour, lui ont mis le pied à l'étrier pour cavaler dans les cabarets parisiens.
La guerre d'Algérie, que le déni nous faisait appeler « les événements », l'a consigné des mois et des mois de l'autre côté de Méditerranée. Il en a tiré des chansons comme « la femme du sergent » :
C´est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d´argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n´était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c´était son métier
En 1962 son premier disque vinyle, « Armand » s’écoule à près de 150 000 exemplaires et il passe à la radio. Il a commencé dans le registre anti-militariste, vous l'aviez compris, et dans l'humour grivois. Les braves gens disent qu'après il s'est élevé dans les étages « poésie », comme si l'humour était au ras du sol. Le leur, peut-être.
Il est parti, en province, sur un continent, sur un autre. Il est revenu plusieurs fois. Il n'a pas vécu uniquement d'amour et de chansons.
Cette fois, il s'en est allé, en laissant une femme qui l'a retenu autant qu'elle a pu des mains de Parkinson, et en nous confiant pour nous consoler : des parodies des héros de mon enfance remplie de Bandes dessinées avec chateaux forts
Ivanhoé, Ivanhoé !
Ouais, ouais ! Ça vient !
Ivanhoé, Ivanhoé
Ouais !
des chansons poétiques comme « Amour amitié »
Amour amitié
Je ne sais pas si par dépit ou par pitié
Je franchirai cet océan
Qui va de l'ami à l'amant
Si elle a oublié les gestes
De cet amour raté du reste
Elle se souvient par ailleurs
Du coup de couteau dans le cœur
des chansons avec poésie et dérision comme « Dans ma maison d'amour »
Je veux qu´il y ait toujours, dans ma maison d´amour,
Des hommes cultivés qui parlent d´ésotérisme
Devant des filles bébêtes mais belles comme le jour
Qui entendent "science occulte" et comprennent "érotisme"
Quand j´aurai tant et tant, si on me laisse le temps,
Que mes copains viendront sur leur fauteuil roulant
Le comparer au mien avec un p´tit sourire
Je veux que tous ensemble nous parlions d´avenir
et un tube en 1973 « Qui c’est celui là ? ».
Qu´est-ce qu´il fait, qu´est-ce qu´il a, qui c´est celui-là ?
Complètement toqué, ce mec-là, complètement gaga
Si vous saviez comme c´est beau, d´être bien dans sa peau
C'est là que le recul des années nous le désigne comme un poète, cet être qui sait créer en maniant les mots, nous plaire, et même temps découvrir l'avenir.
Dans le message caché, on y trouve la caractéristique de la décennie '80 avec son individualisme qui allait pulvérisé les idéologies de groupe et les habitudes grégaires.
A mon sens, si la chanson a eu autant de succès, c'est plus pour son sens prémonitoire en filigrane que pour sa sympathique ritournelle.
Pierre Vassiliu s'en va, une dernière fois, sans retour.
Saltz/Agoravox

13:51 Écrit par Saï-Saï dans Actualité | Commentaires (0) |  Facebook |

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