18/01/2018

BIENTÔT DANS LES BACS

Vassiliu ? Qui c’est celui là ?

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Son unique tube passé à la postérité reste une assez bonne synthèse de ce personnage que l’on pouvait voir à la télé au milieu des seventies, mais hormis quelques fans hardcore prêts à pleurer sa mort, il n’y a plus vraiment foule pour écouter la musique de Pierre Vassiliu. C’était sans compter sur Guido Cesarsky et Born Bad, qui publieront début février une compilation de titres sortis entre 1965 et 1981, avec pour objectif de remettre le moustachu sur la place du village de la bonne variété française. Alors tu connais Vassiliu ?
Si tu ne connais pas, on va un peu t’aider. Prend un petit morceau de Carlos (le rejeton de Françoise Dolto, pas le terroriste) pour la gaudriole, un peu de Nino Ferrer dans sa période comico musicale bien fagotée, un peu de Pierre Barouh pour le côté baroudeur du monde, une cuiller de Maxime Le Forestier jouant de la musique brésilienne, un gentil baba cool libertin des années Pompidou. ajoute une pincée d’expérimentation genre De Roubaix, et tu auras une fausse idée du personnage.
Vassiliu, insaisissable, est avant tout un fils de la musique de cabaret, une race déjà en voie d’extinction, quand il débarque sans réelle conviction dans le petit monde de la chanson française (qui va bientôt exploser sous la déferlante Yéyé). Ayant bien intégré son Boby Lapointe, lui fait, au départ dans la chanson comique, grivoise et anti militariste. Et se fait gentiment censurer sur les ondes. La France du tout début des années 60 veut bien chanter des cochonneries, bourrée à la fête du 14 juillet, mais faudrait pas pousser et choquer la bourgeoise et le cureton. Pas grave, c’est le plein emploi et Vassiliu a été apprenti jockey, il pourra toujours donner des leçons d’équitation si ça foire. C’est le temps de la Femme du sergent et Armand qui le mettent un temps sur le devant de la scène.
De Brassens aux Beatles
Fan de Brassens et de sa douce anarchie, Vassiliu s’est pointé un beau jour devant la loge du patriarche avec son premier album sous le bras pour demander un autographe. Faire signer son propre album à un autre artiste a fait sourire le vieux; il a déjà entendu parlé de l’olibrius et l’engage illico pour faire ses premières parties. Vassiliu est bel et bien lancé. Et va ouvrir pour Sylvie Vartan, Claude François et même les Beatles. En 1965, il faut déjà chercher les quelques bons titres comme Le manège désenchanté ou dans un autre registre La foire aux boudins, une chanson toute en soul avec un texte digne du grand Jean Yanne. Vassiliu est comme ça : c’est souvent plus proche du café concert populaire que des bonnes vibrations anglaises, de l’époque, il est freak beat en dilettante, un peu beatnick aussi sur les bords mais faut avouer que souvent ça sent un peu le gros rouge qui tache.Il a fait ses classes au petit conservatoire de Mireille et a débridé sa guitare au cabaret L’écluse et lorsqu’on creuse un peu, on trouve toujours de petites mélodies bien foutues. Pour le reste c’est un amuseur public.
Times they are a changin’ balance Dylan et là dessus, débarque monsieur Microsillon, Eddie Barclay, qui devient pote avec Pierre, lui fait son numéro de charme et le débauche de chez Decca où, il faut bien le dire, Vassiliu n’était pas vraiment une priorité. Pour Barclay non plus ce n’est pas le canasson de la décennie mais ils font la bringue ensemble et Pierre montre de très bonnes aptitudes dans le domaine. Barclay le prendra plus au sérieux et l’encouragera à faire un peu plus dans le sensible. Vassiliu équilibre un peu plus sa musique qui va devenir, ça et là, plus personnelle, avec la sortie de son album « Amour, amitié ». Vassiliu y chante la route des hippies sur Une fille et trois garçons ou sa rencontre avec sa femme sur le touchant On imagine le soleil.
Le jackpot
En 73, Pierrot décroche enfin la timballe avec Qui c’est celui là ?, une adaptation frappadingue du Partido Alto de Chico Buarque qui « finit numéro un » comme disait Guy Lux avec sa tronche de vieux sadique looké en Sinatra d’Intervilles. Vassiliu enchaine avec J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport, qui connait un succès moindre, mais engrange une petite fortune grâce à son tube qui lui permet de vivre dans les excès d’alcool, de coke et de fêtes où il enchainera les (mes)aventures pendant plus de 10 Ans. En 1974 il sort un album qui s’intitule « Je suis un pingouin ». C’est dire le sérieux du bonhomme.
C’est le moment où Vassiliu assume son personnage un peu salace avec sa tronche de gentil hédoniste. Vassiliu se met souvent en chanson à la première personne grâce à de petites saynètes d’où il ne sort que rarement grandi. Quand il raconte l’errance alcoolisée d’un paumé qui va chercher une pute au bois de Boulogne dans Film, il fait mouche avec un talk over cradingue qui lui vaudrait aujourd’hui un lynchage immédiat sur la place publique. C’est du Houellebecq avant l’heure, un formidable moment de misère sexuelle sur disque. Et si dans la foulée on écoute la magnifique Une vadrouille à Montpellier, scène de slow sensuelle et érotique avec une gamine de seize ans dans une boite de nuit circa 1974, on s’approche dangereusement de l’esprit des Valseuses de Blier quand Dewaere, Miou Miou et Depardieu dépucèlent Isabelle Huppert dans un champ près de la route.
On pense aussi à Marielle dans Un moment d’égarement où il se tape Agnès Soral, la fille d’un Victor Lanoux avec son marcel et ses poils de torse qui débordent. « Allo SOS vieux pervers, bonjour, que puis je faire pour vous ? » Ce titre c’est l’esprit macho du gars moyen sous Giscard, un fantasme de magazine de cul qu’on feuillette dans les chiottes, le choc entre la vieille grivoiserie et les retombées de la fin des tabous post soixante huitards, c’est une France de beaufs qui roule en R16, qui fume au volant un peu bourré avec les gamins qui gueulent à l’arrière en attendant de se faire dorer le cul à Palavas. Et le tout est emballé avec une mélodie variet’ à la tendresse désarmante. Evidemment tout le monde s’en fout et Vassiliu s’est barré depuis un bail pour mieux faire la fête au grand air avec son groupe de copains. Il achète des bars, des restaurants et même une salle de concerts participative où les artistes touchent un pourcentage sur la caisse. Il traine avec Bernard Lubat et son free jazz des bals populaires, biberonne de la musique sud américaine tout en se laissant vivre.
Afrique à dieu
Puis fin des années 70 c’est l’appel de l’Afrique, il sort un album « Toute Nue » avec Mange pas les bras, malheureusement absente de cette compilation, un titre cruel sur les touristes blancs qui glandent dans les hotels africains en se foutant de la misère du coin de la rue. Il plaque tout, embarque sa famille en 1982 direction le Sénégal où il monte un club de jazz . L’affaire durera quatre ans. Il rentre sans le sou et vit même un temps dans une tente planté dans le jardin de chez Coluche. Rincé, Vassiliu a déjà ses belles années derrière lui et attaque doucement mais surement les tournées de galas façon salle des fêtes. Il s’installe dans le sud et vit de ses droits d’interprétation et de quelques titres écrits pour Eddy Mitchell. Les gens commencent vraiment à se demander qui c’est celui là.
Adolescent au début des années 90, j’ai failli rencontrer Vassiliu. Enfin, je le pensais. C’était en Ardèche pendant l’été, on essayait de jouer du psyché et on s’emmerdait sec. Quand on a appris qu’il se passait quelque chose, on est descendu dans le bled. Je crois que c’est l’été où Nino Ferrer est mort et dans ma tête j’espérais un peu un gars dans le genre. En fait, pas de Vassiliu; c’était Marcel Zannini et son Tu veux ou tu veux pas ? J’avais confondu avec Qui c’est celui là ? Marcel était un petit vieux adorable, il a joué dans une classe de l’école primaire et nous a parlé de Charlie Parker. Il avait sa moustache et son célèbre bob sur la tête. Peu importe tout ça, c’était un peu des mecs de la même trempe, le genre de baladins qui décrochaient un ou deux tubes dans leurs vies et qui donnaient toujours l’impression d’être arrivés là par hasard. Puis, une fois le succès passé, ils continuaient leur petit bonhomme de chemin avec un peu plus de talent qu’ils ne voulaient bien laisser paraitre, et surtout un j’men foutisme que l’on envie parfois quand on sait les écouter, derrière les flons flons et les pouet pouet.
Bob le Flambeur
Vassiliu compil: Sortie le 2 février chez Born Bad
http://gonzai.com/vassiliu-qui-cest-celui-la/

06:59 Écrit par Saï-Saï dans Actualité | Commentaires (0) |  Facebook |

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