04/02/2018

"Libé" 17 AOÛT 2014...

Pierre Vassiliu, il a eu une drôle de vie, ce type-là
(papier de Libé 17 août 2014)

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Le chanteur populaire à la célèbre moustache, connu grâce à son tube «Qui c’est celui-là ?», est mort dimanche à 76 ans.
Qui c’était celui-là ? Pierre Vassiliu, mort dimanche à Sète à 76 ans, était l’auteur interprète de «Qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a ? Qui c’est celui-là ? Il a une drôle de tête, ce type-là…» En 1973, numéro 1 au hit-parade, il vendit 300 000 exemplaires de cette reprise de Partido Alto du Brésilien Chico Buarque. Le succès de la chanson tenait aussi à l’harmonie entre ce qui était chanté et l’apparence du chanteur, avec son allure impeccable de bizarre Astérix de banlieue.
Rétrospectivement, Pierre Vassiliu est associé uniquement à ce tube mais, d’une part, il en a fait au moins un autre et, d’autre part, il n’a pas fait que des tubes. Il débarque vraiment dans le milieu des variétés à partir de 1962, faisant la première partie de spectacles des Beatles et de Claude François à l’Olympia, grâce à son fameux Armand : «C’était un pauv’gars/ Qui s’appelait Armand/ Y n’avait pas de papa/ Y n’avait pas de maman.» Soit une inventivité oscillant entre Pierre Perret et Boby Lapointe.
Cabarets.
Pierre Vassiliu est né le 23 octobre 1937 d’un père médecin immigré roumain et d’une mère mélomane. Sa première rencontre avec le music-hall se fait dans le crottin, au sens propre. A 16 ans, aspirant jockey, il en est réduit à donner des leçons d’équitation pour vivre. Ses élèves ? Darry Cowl, Jean-Marc Thibault, Roger Pierre, trois des grands amuseurs publics de l’époque. Ces deux derniers lui mettent le pied à l’étrier de la chanson en poussant le guitariste à écrire. La guerre d’Algérie sera décisive. Quand il y est envoyé, à 18 ans, l’armée le charge de photographier des cadavres de résistants algériens pour la propagande française (la propagande a ses raisons que la raison ne connaît pas). Il écrit alors la Demande de permission, chanson antimilitariste qu’il diffuse via le haut-parleur d’un camion de sa caserne. Il ne reçoit pas des tomates pourries mais trois mois de cachot après conseil de guerre (le public militaire gradé a des goûts très arrêtés). A son retour, il rencontre meilleur accueil à Paris dans les cabarets de la rive gauche avec la Femme du sergent, rapidement censurée pour cause d’événements d’Algérie.
Tout au long des années 60, il connaît un succès d’estime stable, sans aucune comparaison toutefois avec celui des idoles du yé-yé. La chose est donc réparée en 1973 quand la France entière se demande «Qui c’est celui-là ?» Car c’est vrai que c’est un drôle de type, ce mec-là. Un gars capable, cette même année 1973, de, un, tomber amoureux d’une ex-Miss Monde, néerlandaise, mariée qui plus est (et prénommée Laura) ; deux, de faire appel à un ami pilote pour aller enlever la jeune femme en hélicoptère au fond de son jardin ; trois, de fuir avec elle au Maroc en camping-car. Le voyage continue jusqu’à Dakar où Vassiliu ouvre un club de jazz en 1984. Ça ne doit pas marcher trop fort puisqu’il rentre en France en 1986, fauché, et bénéficie de la générosité de Coluche qui offre au couple le jardin de sa maison, près du parc Montsouris, pour planter leur tente. Dans son portrait paru dans Libération en 2004, il s’amusait aussi d’un dîner à Cuba à la table de Fidel Castro avec Georges Marchais.
Normalité.
Pierre Vassiliu faisait partie, dans l’imaginaire collectif, de ces chanteurs qui ont fait leur carrière commerciale grâce au succès d’une chanson. Ainsi, il déclarait à Libération «avoir vécu une quinzaine d’années avec le fric» de Qui c’est celui-là ?. La renommée du titre cachait son ouverture aux musiques du monde, auxquelles il consacra un festival, à Mèze, dans l’Hérault. A propos d’Hérault, c’est là qu’il avait tiré la matière d’un morceau à l’érotisme un peu âpre, en 1974 : En vadrouille à Montpellier, dans lequel il décrit une danse plus que langoureuse avec une mineure en boîte, en mal de consommation.
C’est sans doute son allure franchouillarde, étrange de normalité, et ses chansons aux textes marqués par une vision décalée, et même parfois délibérément ringarde, de la sexualité ou de l’amour, qui avait justifié le retour en vogue de cet hurluberlu bon vivant. Récemment, Pierre Vassiliu avait déjà été exhumé de son relatif oubli par une poignée de jeunes artistes, en résonance avec la tendance de ce début des années 2010 de faire revivre une allure seventies foutraque, en cinéma, mode et, en l’occurrence, en musique. Des morceaux de Pierre Vassiliu avaient ainsi été remixés par des DJ, dont Guido Minisky. Et le chanteur Arnaud Fleurent-Didier, auteur en 2010 de l’album la Reproduction, louait son univers, l’avait fait monter sur la scène de la Cigale en 2011 et avait évoqué pour Liberation.fr son «parlé-chanté très doux et la tendresse de sa voix».
Mathieu Lindon, Clément Ghys/ http://next.liberation.fr/culture/2014/08/17/pierre-vassi...

11:48 Écrit par Saï-Saï dans Chanson, Général, Musique, photo, Texte | Commentaires (0) |  Facebook |

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